

Christine Beckers en a toujours sous le pied !
A tout juste 80 printemps, la pilote automobile la plus titrée au monde, va rouler au Mornay Festival.
250 participations à des courses automobile, 11 aux 24 heures de Spa-Francorchamps, 4 aux 24 heures du Mans, 16 années aux quatre coins du monde, de 1966 à 1982, autour de cette passion de l’automobile, au volant de différentes voitures : Tourisme, Proto, Rallye, Rallye-Raid, Côte et même Nascar…N’en jetez plus, la coupe est pleine!

C’est au volant d’une Alfa Romeo 2000 GTV ou du prototype Inaltera qu’on aura le plaisir de retrouver Christine Beckers pour cette sixième édition du Mornay Festival. Elle qui a couru aux côtés des plus grands pilotes et fait équipage avec des grands noms de la course automobile comme Pescarolo, Beltoise, Icks, Jaussaud, Rondeau et tant d’autres, racontera ses anecdotes de course et son parcours de pilote les 23, 24 et 25 août prochains. Pour toujours vous surprendre, selon l’adage du Circuit de Mornay. Elle y dédicacera son livre « La course ou la vie, itinéraire d’une femme rapide », préfacé par Henri Pescarolo et Jean-Louis Trintignant.
Une vie de passion
« Là où il y a le risque il y a la mort. S’il n’y a pas de risque, il n’y a pas de vie. »
Ernest Hemingway
Le père de Christine, alors âgée de 15 ans, décide de l’emmener à Francorchamps au Grand Prix de Belgique de Formule 1. Déjà, elle se sent fascinée par le bruit des moteurs, par l’ambiance des circuits, par l’adrénaline que ce sport suscite. Le déclic sera certainement cette journée de 1958 sur ce circuit mythique où elle entendra de la bouche du speaker qu’une femme, Maria-Teresa de Filipis courait au volant d’une Maserati et qu’elle était pilote de F1! Consciente que des femmes peuvent faire de la course automobile, le rêve deviendra réalité. Elle sera pilote automobile !
Christine sera cinq fois Championne de Belgique des conductrices et une des rares femmes pilotes à intégrer des équipages masculins.
Elle aura participé à quatre reprises aux 24 Heures du Mans (1973-74-76-77) et marqué son Histoire lors de ses participations de 1974 et de 1977. En 1974, elle gagne sa catégorie (2 litres) sur la Chevron B 23 avec un équipage 100% féminin : Marie Laurent et Yvette Fontaine ! C’est Christine qui franchira la ligne d’arrivée, avec la force que lui aura donné le souvenir de Roger Dubos, son fiancé décédé tragiquement en 1973.
En 1976, elle rentre dans l’audacieuse écurie Inaltera, en équipe avec Jean-Pierre Jaussaud et Jean Rondeau. Charles James, dirigeant de l’entreprise de papier peint Lyonnaise, Inaltera et porteur du projet fou d’inscrire en moins de 200 jours cette voiture française aux 24 heures du Mans, avait cette idée d’un équipage féminin. L’autre voiture Inaltéra sera conduite par Jean-Pierre Beltoise et Henri Pescarolo. Christine se rappelle que ce dernier avait dit à Charles James :
« Là, vous ne mettez pas toutes les chances de votre côté! » Ils franchiront le drapeau à damier et termineront les 24 heures en 8e position pour l’équipage N°1 de Beltoise et Pescarolo et 21e pour l’équipage Beckers, Jaussaud, Rondeau.
En 1977, associée à Lella Lombardi, seule femme ayant marqué un point au Championnat du Monde de Formule 1 en 1975, elle obtient un excellent classement féminin : 11ème au général!

L’aventure des 24 heures du Mans
S’il fallait n’en retenir que trois sur la myriade de souvenirs extraordinaires, ce serait tout d’abord les 24 heures du Mans aux côtés de son fiancé de l’époque, Roger Dubos. Ils avaient une école de pilotage à Albi avec des monoplaces, et ont participé à de nombreuses courses en tandem, dont les 24 heures du Mans en Chevron B19 en 1973. Ils ont fini premier de leur classe aux 4 heures du Mans, porte d’entrée pour les prestigieuses 24 heures du Mans.
Fauché en plein vol, sur le circuit de Spa-Francorchamps, Roger est décédé le 21 juillet 1973 dans le virage de Malmédy, aux coupes de Spa. Dans cette course il avait dit à sa future femme, Christine Beckers, non sans fierté : “Tu es la femme la plus rapide du monde!“. Ils devaient se marier pour les 30 ans de Christine. Le destin en aura décidé autrement…

Un deuxième souvenir marquant : Daytona et le Nascar.
Né d’un pari dingue en 1977, Christine se retrouvera sur le banking de l’anneau ovale de Daytona. Bill France propriétaire du mythique circuit, le Daytona Speedway et son fameux banking, lui avait dit “Ready, you bet… “, et c’est d’une poignée de main que le deal avait été conclu, direction les US.
Elle fut la première femme pilote européenne à rouler en course automobile à Daytona. Aux Etats-Unis, c’est Janet Guthrie qui avait prouvé que les femmes pouvaient elles aussi briller sur l’anneau. Janet fut la première femme à avoir participé aux 500 milles d’Indianapolis en 1977.
Durant la course, chaque pilote dispose de quatre tours sur le circuit : un de lancement, deux rapides et un pour l’arrêt. Il faut rester dans le top 40 (sur 65) pour rester qualifiées. L’anneau a cette particularité inconnue en Europe qu’il s’agit d’un ovale de forme triangulaire aux virages relevés à 31 degrés. La force centrifuge y est donc très importante!Et le challenge aussi:Christine partira en tête à queue sur la banking, plus de peur que de mal.
Avec son acolyte Italienne Lella Lombardi, le Nascar a démarré sur les chapeaux de roues!
Les freins de Christine ont lâché. Elle avait deux solutions : ralentir la voiture sur le kilomètre de ligne droite et rentrer au stand ou rouler à 340 km/h sans frein. Lella, c’est sans embrayage depuis le milieu de course, qu’elle termine.
Le Girl power s’est invité ainsi aux Etats Unis par le biais d’un duo de pilotes féminines européennes. Comme elle se plait à dire :
“On m’a souvent démonté mon moteur, mais moi on ne m’a pas souvent démontée!“.
1982 : le Paris-Dakar avec son mari
Christine n’en était pas à son premier Dakar, mais à son troisième. Elle y avait participé en 1978, avec Dominique Fougerouse, journaliste en sport automobile spécialiste du 4X4 et qui faisait son premier Dakar.
Ce Dakar là avait un parfum différent : celui de la rencontre avec l’homme de sa vie, Louis Schmitz. Un collier brille toujours au cou de Christine, représentant un volant de voiture, une Alfa, que Louis, aujourd’hui décédé, a fait dessiner pour sa pilote bien-aimée, étincelant d’or et de carats.
Ensemble, avec son mari, ils vont sillonner le monde entier, piloter bateaux, avions, ULM, motos, et sponsoriser des pilotes de course automobile dont Thierry Boutsen, pilote automobile belge, arrivé en F1 en 1983 par le biais de la formule 3 et formule 2 et auront une écurie de Formule 1. C’est en 1982 que Christine décide de mettre fin à sa carrière de pilote pour voler vers de nouvelles aventures, dont celle qui la mènera au Brésil, avec l’adoption de leurs deux enfants : Laure-Marie et Alison.
2024 : De nombreux rendez-vous pour cette « Autogénaire » passionnée
Cette année, l’agenda de Christine Beckers est bien rempli. Elle s’est tout d’abord rendue sur le circuit du Val de Vienne au Vigeant du 30 mai au 2 juin pour participer à la 30e édition de Sport et Collection, la concentration de véhicules de course de prestige au profit de la lutte contre le cancer. Elle y a pris le volant de l’Inaltéra, voiture avec laquelle elle a donc participé aux 24 heures du Mans en 1976 avec Jean Rondeau et Jean-Pierre Jaussaud.
Les 15 et 16 juin, elle a ensuite pris la direction du Mans. Elle est venue pour y piloter la Chevron B 23 et célébrer le cinquantenaire de sa victoire en catégorie 2 litres. Et elle est surtout devenue la seule femme à entrer au Hall of Fame, la galerie des pilotes célèbres du musée des 24 heures du Mans. On la retrouvera à Spa-Francorchamps fin juin avec l’Alfa Romeo 2000 GTV, avec laquelle elle a participé onze fois aux 24 heures de ce circuit mythique. Elle a ensuite rendez-vous au circuit de Zolder en Belgique le 21 juillet pour entrer au livre Guinness des records en étant la seule femme octogénaire à piloter une F1, une Arrows BMW A8 ex-Bousten ! Et nous la retrouverons enfin au Festival de Mornay où un public de connaisseurs pourra découvrir qu’elle n’a rien perdu de son talent.
« Ready, you bet » ou “Prête, tu paries ?”

